« La classe de neige » - d’Emmanuel Carrère
et la propagande totalitaire
Ce livre est un bon exemple de la propagande type « anti-parents »
avec laquelle on lave le cerveau des enfants scolaires aujourd’hui. C’est l’histoire
d’un petit garçon appelé Nicolas qui va participer à une « classe de
neige », c’est-à-dire un camp d’hiver avec sa classe d’école.
Nicolas est l’exemple d’un enfant « protégée », il profite d’une
bonne protection de la part de ses parents, chose de laquelle certains
éducateurs d’aujourd’hui ont tout simplement horreur. Car, c’est eux, les éducateurs,
qui se sentent seuls capables d’éduquer les enfants, les parents sont décrits
comme incapables de toute chose. Nicolas est l’exemple d’un enfant qui n’est
pas bien venue dans la pensée pédagogique d’aujourd’hui. Il y a dans la
littérature pédagogique ainsi que dans la littérature que certains pédagogues
ont écrit pour influencer leurs élèves (dont fait partie, sans doute, la livre
« La classe en neige » d’Emmanuel Carrère), une tendance de
ridiculiser les parents. On mène une espèce de propagande contre les parents et
pour l’école. Les parents sont décrits de la manière suivante: Ils se croient
bien éduqués alors qu’ils ne le sont pas, ils travaillent trop, ils dorment
trop, ils ne savent pas communiquer à leurs enfants, ils sont égoïstes, ils ne comprennent
pas l’univers fantastique des enfants, ils n’ont pas de la fantaisie, ils sont
malades, ils sont fatigués, ils sont faibles, ils sont sourds, ils sont
conservateurs, ils sont moches, ils sont laids, ils oublient leurs vœux, etc.
Ainsi est-elle décrite, la vie des pauvres enfants, et c’est ce que Emmanuel
Carrère fait également dans son livre. La vie du pauvre petit Nicolas, qui ne
profite pas de la bagarre des copains à l’école lors des temps de repas en
cantine, parce que ses parents l’emmènent à la maison pour les repas. Alors, ce
pauvre petit va sans doute souffrir d’un complexe d’infériorité, à savoir une
infériorité qui consiste dans le fait qu’il passe davantage de temps avec la
famille, alors que les autres se battent bien et profitent ainsi de ce
consensus flue de la violence, la brutalité et la barbarie.
La caricature des parents de Nicolas, qui, certes et malheureusement, a
bien des points de référence dans ce qui se passe en réalité dans beaucoup de
familles aujourd’hui, est alors mise en contraste avec l’agent public qui
libère les pauvres enfants de ce monde stérile et innaturel qu’est le monde des
parents. Ces moniteurs, animateurs, éducateurs, professeurs, pédagogues sont
gais et frais, ça, c’est claire, est bien sûr, notre petit Nicolas s’approche
lui aussi lentement de cet avis correct, qu’il doit adopter ainsi que tout
enfant qui lise ce livre doit l’adopter. Ils ont toujours de bonne humeur, ils
savent toujours bénir les enfants et les jeunes avec des remarques et petit
actions bienséantes et convenables (comme faire cadeau d’un bracelet éthnique,
symbole de son initiation à la culture païenne des indiens du Brésil), ils sont
sportifs, drôles, forts, jeunes eux-mêmes, etc. Ce sont eux qui sont non
seulement les spécialistes, chose qui ne pourra pas être mis en doute par aucun
parent méfiant, mais aussi des véritables sauveteurs, de sorte que l’on puisse
désirer avec des soupirs d’impatience la venue de ces temps glorieux lorsque
les enfants seraient finalement libérées de leurs parents ennuyeux pour pouvoir
profiter à l’infini de la bonne compagnie que ces êtres angéliques pourront
leur offrir dans leur monde à parcs d’animation et de plaisir. En plus, ces
prêtres du bonheur guideront les enfants dans un monde de la fantaisie, de l’irréalité,
pour les protéger des menaces de la réalité. Ils offrent un substitut
religieux, une pseudo-religion d’infantilisme et de magie de fées, de désirs et
de vœux, de songes et de rêves. Maudit qui ose profaner ce temple d’irréalisme,
ce serait un sacrilège!
Pour moi, une bonne enfance c’est une enfance où le point de référence
central, c’est le carrefour et non l’école. Il est, bien sur, une expérience
utile et indispensable, d’avoir des copains de son âge, de s’exercer dans ses
capacités de vie sociale avec des gens en dehors de la famille, mais je suis
d’avis que l’école doit regagner la solidarité avec les parents et qu’elle doit
revenir à une optique qui n’exclue pas les parents, mais les considère une
source, non un piège. Ainsi pour moi, la plus heureuse enfance qu’un enfant
puisse vivre, c’est bien une enfance dans une famille intacte.
La famille est la plus petite et plus fondamentale cellule dans une
société. Ce qui distingue la famille des autres composants structurels dans une
société, et le fait que la famille soit le moins influençable par la propagande
politique. Aussi, la famille exerce de la loyauté premièrement face à ses
propres membres alors que l’état ou d’autres composants structurels de la
société doivent se contenter avec la partition no. 2. Un époux aime son épouse,
les parents aiment leurs enfants (même si Emmanuel Carrère se moque de cet
amour), la famille respecte les beaux-parents, etc. Voilà une sphère de vie
sociale de laquelle l’état et le public sont exclus, où l’état n’a rien à
foutre, semble-t-il. On vit sa vie de famille, on a ses traditions familiales
où on cultive certains valeurs spécifiques, on hérite une étique qui est une
particulièrement à elle, et le plus important, on a une identité personnelle,
une conception de soi-même, qui a ses racines dans la famille, et non dans
l’idéalisme d’un tel ou tel système totalitaire. Or, les gouverneurs d’un
système totalitaire veulent avoir l’homme exclusivement pour eux, ils veulent
l’homme tout entier, qu’il soit leur esclave à eux et qu’il n’ait plus des
obligations familiales. Un tel état profite alors de toute possibilité qu’il
ait à sa disposition pour coincer son pied dans la porte ouverte à moitié de la
famille. Mais il ne se contente pas de cela. Il présente également des
alternatives face à la famille, et c’est justement ce que les nazis faisaient
et ce qui se passe aujourd’hui d’une manière, bien sur, plus sophistiquée et
camouflée que dans l’époque analysée par Herbert Marcuse dans les années
quarante. D’après Marcuse, les nazis considéraient la famille comme un facteur
qui ralentisse ou même empêche la concrétisation de leur vision d’une nouvelle
société allemande. Pour les nazis, l’alternative face à la famille, était la
notion flue d’un peuple élu qui se procrée soi-même et qui cultive la race
parfaite. Le pouvoir d’engendrer des nouvels « clones » homologués
selon l’idéal racial, ne pourrait donc point rester le privilège de la famille.
La sexualité qui traditionnellement était protégée dans le sein de la famille,
devrait alors être « libérée » de ces limites. On cultivait alors une
quasi-religion de sexisme (« Lebensborn », « Kraft durch
Freude ») où la famille n’était qu’un outil pour la réalisation des buts,
alors que le plaisir d’engendrer des enfants était détourné de la famille et se
manifesterait désormais dans la communauté populaire. La sexualité était alors
« popularisée » pour ainsi dire. Des éléments de néopaganisme y
avaient été intégrés pour rendre ce « fondement » encore plus stable.
La jeunesse, quant à elle, était organisée dans une espèce de scoutisme
perpétuel (c’est-à-dire « la classe de neige » continuelle) et au
lieu des parents, c’étaient alors des autres jeunes qui les dirigeaient. Ainsi
on a empêché que ces jeunes-là soient influencés par les valeurs appartenant
aux générations avant eux. Les jeunes étaient à 100% (ou presque) à la
disposition de l’état qui se pourrait alors réjouir du monopole de pouvoir
« écrire » sur ces « tabulae rasae » ce que soit conforme à
ses idées à lui. Seulement des enfants « durs » et qui niaient leur
humanité s’y sentaient bien. Moi, comme enfant, je ne me sentais pas du tout
bien dans de tels entourages (que j’ai rencontré, partiellement, dans des camps
de scouts pendant ma propre enfance).
Peut-être c’est justement la raison pour laquelle Marcuse n’est guère
rééditée aujourd’hui, alors que ses collèges de Francfort sont honorés par de
nouvelles éditions de leurs œuvres à des intervalles réguliers et forment le
codex philosophicus d’un grand nombre d’étudiants qui se préparent pour des
professions dans le secteur public, notamment dans l’éducation publique. Car
les temps ne sont pas les meilleurs pour la famille aujourd’hui non plus, bien
que l’on ne les puisse pas égaler avec l’ère du nazisme, en ce qui concerne la
dextérité avec laquelle la volonté du « peuple » était alors imposée
au peuple. La barbarie, voire le totalitarisme, est toujours à nos portes, bien
que les films soient maintenant en couleurs en non en noir et blanc.
L’austérité que nous sentons lorsque nous réfléchissons à des systèmes
totalitaires du passé et qui, bien sur, est en premier lieu dû au fait que nous
sommes en connaissance de leur fin historique, nous laisse oublier que pour les
contemporains, ces temps-là les paraient souvent gais et jolis et ils venaient
voir avec optimisme l’avenir. De même, aujourd’hui il y a des choses qui nous
semblent incroyablement positives, « chouettes », gaies, sportives,
sympathiques, tandis que des générations après nous y dépisteront les raisons
pour une dissolution de notre civilisation qui aujourd’hui nous parait
impossible.
Des familles intactes sont le fondement de toute société libre et ouverte,
car elle donne à ses citoyens la possibilité de choisir entre des normes
différentes, celles de la génération ancienne ainsi que celles des éducateurs
progressifs. Ainsi on accorde de la liberté aux hommes, tandis qu’une
répression, un étouffement ou même une dissolution de la famille mène à une
monopolisation du public en matière étique, c’est-à-dire, à une situation
où c’est uniquement l’école, les scouts, le militaire, qui ont le droit de dire
aux enfants ce qu’il est bon et ce qui ne l’est pas, les parents n’ont qu’à se
taire, ils doivent être contents lorsqu’on leur laisse le droit de loger les
enfants sous le même toit, mais en matière d’éducation, qu’ils ferment la
gueule, c’est les spécialistes autorisés par l’état, qui prennent l’éducation
dans leurs mains. Les parents feraient alors mieux de se taire docilement,
sinon on pourra même faire de ce que l’on aurait la plus grande envie: De
garder les enfants pendant toutes les 24 heures de la journée pendant toute la
semaine. En effet on discute aux États-Unis des plans de changer le système
scolaire de sorte qu’il soit obligatoire pour tous d’aller à l’école jusqu’à
l’âge de 18 ans et que la journée scolaire ne se finisse que tard dans
l’après-midi.
Au fond le désir des agents globaux d’éducation est de s’emparer des
parents, qu’ils disparaissent. On s’est mis dans la tête de changer les
paradigmes moraux du monde entier, et on veut arriver à ce but le plus vite
possible, sans trop devoir lutter avec des potentiels critiques. Ceux qui en souffriront le plus, c’est les
enfants. Une enfance ne peut point être heureuse dans une telle atmosphère de
totalitarisme souple et camouflé, qui impose sa mollesse, son hypocrisie, sa
raison ambiante, sa tolérance prétextuelle et sa religiosité païenne à tout le
monde.
Nicolas sera, sans doute, converti à la fin du livre d’Emmanuel Carrère, au
consensus global type « New Age » et il y trouvera son vrai bonheur
et sa vraie existence. Quant à moi, je déteste cette « religion », je
ne vais point me laisser convertir par cet esprit, je reste moi-même, je reste
loyal aux valeurs de ma famille – est-ce que je pourrais alors être récupéré,
voir lobotomisé, comme enfant, si je vivais dans la situation de Nicolas ?
Probablement non, et on invitera probablement mes parents à des séances de
traitement psychologiques, car on les déclarerait fous et on les
culpabiliserait en disant qu’ils m’aient éduqué de manière fausse, que c’est
eux, qui m’ont lavé le cerveau, qu’ils me protègent trop et ainsi de suite.
J’aurais alors des problèmes comme enfant, je recevrais davantage de bagarre,
mais je serais heureux, car je serais moi-même.
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