Quelques considérations concernant le rôle que l’église et le christianisme jouaient dans la pensée de Sartre et de Prévert

 

Sartre et Prévert se définissent comme athées. Bien qu’ils existent aussi des religions non-chrétiennes qui ont été décrites comme athées, notamment le bouddhisme, l’athéisme en philosophie est surtout un phénomène de l’occident « chrétien », c’est-à-dire il est né comme une réaction contre l’église chrétienne est-il faut donc, pour le pouvoir comprendre, jeter un coup d’œil sur de problèmes inhérents du christianisme, de l’église ainsi que sur les malentendus qui se sont produit à la suite. On pourrait presque dire que l’athéisme est une religion chrétienne dans un sens plus large, comme c’est également le cas avec le satanisme et avec toutes les sectes qui se sont nées comme une réaction contre les différentes formes traditionnelles de christianisme, d’ailleurs. Car en fait, c’est contre le christianisme tel qu’il se présente dans l’église et comme on le voit à la surface, que la réaction athée s’est produite ; c’est-à-dire on n’a pas vraiment eu une connaissance des choses en ce qui concerne le christianisme des premiers apôtres et de la Bible. En plus, il y a en France une longue tradition historique de critique contre le Christianisme et de persécution (pensons, par exemple, aux huguenots), chose qui y rend l’athéisme d’autant plus cultivable.  

 

En ce qui concerne l’église en majorité, la foi chrétienne n’y tourne plus autour les thèmes centraux qui l’étaient une fois, notamment l’identification du croyant avec la vie et la mort de Jésus-Christ, rendue possible par l’incarnation et la résurrection. Au lieu de cela elle tourne autour les exigences d’une bonne conduite chrétienne d’après la compréhension culturelle d’un tel ou tel christianisme réduit à une simple fonction sociale, chose que l’on appelle, en missiologie, du christianisme nominal, alors que par exemple Jean-Paul Sartre la désignait avec le terme « christianisme sociologique ». Le Dieu des chrétiens nominaux n’est plus le Dieu qui devient homme, mais c’est « le bon Dieu » consolateur, qui se laisse mettre dans un petit coin dans la vie des hommes. C’est donc une idole, un simulacre, un « deus ex machina » que l’on met en action de son propre gré, quand on en a envie, quand cela peut se laisser intégrer dans la petite bonne vie des hommes. Ce Dieu ne reçoit point le droit d’effectuer des changements bouleversants dans la vie d’hommes, on le prive du droit de séparer la mer rouge, puisque au fond, on ne l’y croit plus capable. En essayant de garder une étique chrétienne sans le Dieu vivant de la Bible, on aboutit à un légalisme ou moralisme bigot qui ne peut point être pris au sérieux par des penseurs critiques.

 

Ces exigences de cette vie chrétienne, soit-elle la petite bonne vie des bons chrétiens nominaux, soit-elle la vie ascétique d’une telle ou telle secte,  deviennent trop souvent le remplacement de ce que l’apôtre Paul a appelé « la vraie circoncision », qui n’est autre chose que de donner au Christ même le droit de produire sa vie à lui dans sa vie. Cette « vraie circoncision » est contrastée avec « la fausse circoncision » qui n’est qu’une mutilation proprement dite, ce qui est une abomination dans les yeux de Dieu, et qui, apparent sous le prétexte d’être l’expression d’une vie « spirituelle » n’est en fait que l’expression des « œuvres de la chair », c’est-à-dire, une chose tout aussi de « pieuse » qu’une perversion sexuelle. Bien que le protestantisme soit loin d’être libre de ces tendances-là, on trouve ces aberrations surtout dans le catholicisme qui est la version dominante du christianisme dans les pays francophones.

 

À la racine de ces tendances errantes du christianisme d’un côté et des malentendus et mauvaises compréhensions du christianisme sur lesquels se base le courant principal de la philosophie d’aujourd’hui, on trouve le dualisme platonicien. D’après Platon, plus que les choses sont « spirituelles » ou « idéelles » plus elles sont « réelles ». C’est-à-dire l’épistémologie de Platon est une de gradations, du moins réel au plus réel. Cette idée avait alors été adoptée par le gnosticisme, cet ensemble de croyances et philosophies religieuses spéculatives et mystiques. Le gnosticisme est une tendance qui est toujours présente dans toutes les formes de christianisme dans tous les temps. Par exemple, dans l’église orthodoxe de l’Europe de l’Est, on parle toujours de « stages » d’un processus dans lequel un homme deviendrait plus semblable à Dieu, et cette doctrine est un mélange entre ce qui la Bible enseigne sur le sujet et des vieilles conceptions gnostiques. Les sectes gnostiques du premier siècle après Jésus-Christ ont promulgué, en dehors de la théorie des stages de croissance spirituelle, un dualisme entre le corps et l’âme, chose qui était attaquée dans les épîtres de Paul et de Jean. Paul critique cette idée en postulant que quiconque poursuit une sanctification basée sur cette idée, ce qui se traduit alors par une spiritualité artificielle, a comme motivation réelle le désir de fuir « la croix de Christ », c’est-à-dire la sanctification que la Bible enseigne. Un tel homme veut se produire lui-même, il veut se plaire à lui-même dans sa « spiritualité » et devient donc en fait « charnel », il cherche sa propre vie qu’il va alors perdre, il veut se réaliser lui-même, il dit à Dieu de foutre le camp, car c’est lui, l’homme, qui sait plus sur la sanctification que Dieu.  Jean va encore plus loin en liant ce dualisme entre corps et âme gnostique à une négation de la double nature du Christ. En Jésus-Christ Dieu et homme, le « spirituel » et le « naturel » étaient unis et réconciliés, alors que le Satan, par l’esprit de l’Antéchrist, veut séparer le spirituel et le naturel. Tous ceux qui nient alors que Christ est « venue dans la chair » sont des antéchrists (= antichrists). Jésus Christ n’est pas un fantôme, un ange, un demi-dieu, etc. Il est 100% homme et 100% Dieu en même temps, chose qui paraît mathématiquement impossible, mais qui devient logique tout de même, lorsqu’on comprend la nature anthropocentrique de l’univers de la quelle la Bible parle. C’est-à-dire d’après la Bible, on ne peut point penser de Dieu en ne pensant pas de l’homme en même temps. En quelque sorte le Dieu vivant de la Bible se définit par l’homme. Il crée l’homme dans son image et l’homme Jésus-Christ était là depuis toute éternité et c’est lui qui, d’après Paul, tient toute chose ensemble. Jésus-Christ n’est donc pas seulement la représentation parfaite de Dieu devenu homme, mais aussi la représentation parfaite de l’homme crée dans l’image de Dieu, c’est la raison pour laquelle le Christ est appelé en même temps « le deuxième Adam ». 

 

 

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